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Les 5 Questions du Petit Journal de Dakar

Au lendemain des élections présidentielles qui ouvrent la voie au huitième président de la Ve République : Emmanuel Macron ; les français doivent reprendre le chemin des bureaux de vote pour élire cette fois leurs députés. À l’étranger, les élections législatives françaises se dérouleront les 4 et 18 juin 2017. Concernant la neuvième circonscription (Maghreb et Afrique de l’Ouest), 27 candidats briguent le mandat de député pour représenter les français établis dans les 11 pays de cette subdivision. Qui sont-ils ? Que défendent-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Aujourd’hui lepetitjournal.com Dakar vous propose de rencontrer le candidat Lamine Camara. 

 

5 Questions à Lamine Camara, candidat aux législatives de la 9e circonscription des Français de l’Étranger :

 

LPJ Dakar - Pouvez-vous nous résumer votre parcours et nous préciser quelles ont été vos motivations pour entrer en politique ?

L.C. - Natif du Mali, je me suis engagé très jeune dans le mouvement associatif. Au lycée, j'ai rejoint le syndicat des étudiants (Association des élèves et étudiants du Mali). Après mon diplôme de droit à la Faculté des Sciences juridiques et économique du Mali, j’ai travaillé dans un cabinet d'avocats spécialisé dans le droit des affaires, cabinet que j’ai quitté assez tôt pour rejoindre le Forum pour l’Autre Mali avec Aminata TRAORE, militante altermondialiste. En 2007, je suis venu en France pour poursuivre mon master 2 en Politiques environnementales et développement durable et j’ai posé mes valises pour la première fois en France dans la ville de Grigny, où 82 nationalités se côtoient.

Actuellement, je travaille dans une ONG internationale qui mène des actions de solidarité avec les pays du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest.  Sa mission est d’œuvrer au développement local, l’éducation à la citoyenneté ainsi qu’au renforcement des liens de la diaspora avec ces pays

Mon entrée en politique s'est faite très naturellement dans le prolongement de mon engagement associatif. Après avoir milité pendant plusieurs années à Grigny puis dans les autres quartiers populaires de l'Essonne, j'ai accepté d'être candidat lors des dernières élections régionales et suis donc élu d'opposition depuis décembre 2015 au sein du Conseil régional d'Ile-de-France.

 

LPJ Dakar - Être député de la 9e circonscription, qu'est-ce que ça représente pour vous? Quels sont vos liens avec cette circonscription?

L.C. -J’ai d’abord une attache particulière avec cette circonscription, étant moi-même natif du Mali. Je suis toujours resté, de ce fait, très attentif à toutes les problématiques auxquelles sont confrontés les Français établis dans cette circonscription. Je pense les comprendre au mieux et désire désormais me rendre disponible pour trouver avec eux des solutions concrètes et pérennes aux difficultés qu’ils peuvent rencontrer.

Comme je viens de vous le dire, je suis élu depuis décembre 2015 au Conseil régional d’Ile-de-France. Cette région a des coopérations décentralisées avec beaucoup de pays appartenant à cette circonscription comme le Sénégal par exemple, et le Groupe Front de Gauche, auquel j’appartiens, n’a de cesse de mettre en avant la promotion d’une coopération basée sur le partage, la culture, le développement social au service des peuples.

Partant de mon expérience et des différentes rencontres et nombreux échanges avec les Français-e-s dans la circonscription que j’ai pu avoir, je dirais ceci : de plus en plus nombreux sont les Françaises et Français qui résident hors de France, mais, malheureusement, ils ont de moins en moins accès à la plénitude de leurs droits sociaux et politiques. Par exemple, un expatrié sur cinq déclare ne pas bénéficier de couverture sociale du fait d'un désengagement progressif des employeurs et faute de revenus lui permettant de cotiser à la Caisse des Français de l'étranger ; le taux d’expatriés français couverts pour leur santé est passé, depuis 2013 de 83 à 78 %, de 33 à 29 % pour l'assistance rapatriement, de 46 à 39 % pour la prévoyance, et seulement de 37 à 39 % pour la retraite. Cette situation est inadmissible et ne peut rester en l’état.

De façon générale, l'égal accès à la protection sociale, à l'éducation, à la formation tout au long de sa vie professionnelle, à une retraite à taux plein, ne peut être sacrifié par celles et ceux qui choisissent ou sont conduits à s'établir hors du pays. Voilà les principales attentes que j’ai pu identifier suite à ces différentes rencontres.

 

LPJ Dakar - Quelles sont vos 3 priorités/propositions parmi les problématiques concernant les Français vivant à l'étranger (emploi, fiscalité, éducation, culture, représentation, administration...) ?

L.C. - Il m’est difficile de m’en tenir à 3 points seulement tant ces problématiques sont nombreuses et nécessitent des réponses adaptées. Ma première préoccupation est l’accès à l’éducation républicaine pour tous les enfants des familles françaises. Pour cela, il faut travailler à renforcer et transformer le service public d'éducation nationale pour transmettre à tous les jeunes la culture de haut niveau et qui sera nécessaire à leur avenir. Cela est d’autant plus vrai pour les écoles françaises à l'étranger. L’État doit jouer pleinement son rôle pour la scolarisation des Français hors de France et les échanges culturels. Il est alors indispensable d’augmenter le budget de l'AEFE pour lui donner les moyens de faire face à l'augmentation du nombre d'élèves et lui rendre une place centrale dans le développement de l'enseignement français hors de France.

Il faut travailler à la préservation et le développement du réseau de coopération linguistique et culturelle dans le monde. Ce réseau facilite les rencontres entre les publics et les artistes à travers le monde et reste le vecteur central d'une politique de coopération internationale enviée par de nombreux pays, dans le domaine de la francophonie, du livre, des échanges artistiques, du débat d'idées et du cinéma.

Député, je défendrai également les propositions d'augmentation des budgets des services consulaires et une meilleure gestion de long terme des contrats locaux avec de vraies perspectives professionnelles pour les personnels concernés. Comme dans l'ensemble de la Fonction publique, il est indispensable d’agir fortement pour l'égalité salariale femmes-hommes, contre les temps partiels ou contrats locaux subis, l'augmentation des retraites, mais aussi contre les violences faites aux femmes et toutes les formes de discrimination.

Je serai très vigilant sur les questions touchant à la protection sociale, allocations, retraites et transférabilité des droits. A l’étranger, les Français sont confrontés aux mêmes risques de la vie que leurs compatriotes établis en métropole. Je porterai notamment un projet de loi visant à modifier profondément le fonctionnement de la Caisse des Français de l’étranger en en faisant un organisme de sécurité sociale à part entière, et en réformant son fonctionnement afin de permettre que l’accès à la couverture sociale se fasse aux mêmes conditions qu’en France. Je défends une véritable transférabilité des droits en demandant un accès simplifié à la couverture sociale en France pour les Français expatriés et leur famille qui souhaitent se réinstaller sur le territoire national, une reconstitution de carrières avec la prise en compte des cotisations et points de retraites accumulé durant le parcours professionnel à l’étranger, ainsi que la prise en compte de la carrière réalisée avant l’expatriation.

Je demanderai aussi un renforcement de l'action sociale consulaire, particulièrement dans les pays où la protection sociale est faible notamment la 9ème circonscription et souhaite que des effectifs supplémentaires soient mis en place ainsi que des coopérations plus fortes avec les autres consulats et ambassades, notamment dans les pays à risque ou en guerre, afin de garantir un service de qualité en cas de crise et permettre le cas échéant la sécurité et le rapatriement des personnes concernées

Très sensible au rôle moteur du monde associatif dans le domaine de la solidarité internationale, je me battrai auprès de l’Agence française de développement pour augmenter de façon significative les fonds alloués à ces associations pour appuyer leur excellent travail dans le renforcement des liens entre les peuples du monde.

 

LPJ Dakar - Quel bilan portez-vous sur l'action du député sortant? Sur quel (s) plan (s) auriez-vous agi différemment ?

L.C. - J’ai beaucoup d’estime pour le député sortant, Pouria Amirshahi, et juge son bilan plutôt plus honorable, surtout si on le compare à celui de Manuel Valls ou Malek Boutih par exemple ! Plus sérieusement, Pouria a soutenu un très grand nombre d’amendements proposés par le groupe du Front de Gauche, il s’est opposé au CETA, la loi  de travail notamment. Il a également œuvré pour la reconnaissance par la France d’un Etat palestinien, milité pour la libération de Mumia Abu Jamal et demandé la levée des archives pour établir la vérité pour l’assassinat de Thomas Sankara. Je me retrouve évidemment absolument dans tous ses combats et compte bien les poursuivre une fois élu.

Néanmoins, je trouve qu’il reste encore prisonnier des contradictions du Parti socialiste qu’il a pourtant quitté. Comment en effet concilier ses positionnements politiques en tant que parlementaire « frondeur » qui l’ont conduit à s’opposer à la dérive libérale et autoritaire du quinquennat de François Hollande tout en soutenant pour cette élection législative le candidat socialiste qui a défendu la déchéance de nationalité ? L’Histoire ignorant la supputation des possibles, il m’est difficile de répondre de façon très précise à votre seconde question, et je préfère de toute façon me tourner vers le quinquennat qui débute plutôt que de chercher à savoir ce qui aurait pu être pu différent ces cinq dernières années alors que je ne siégeais pas à l’Assemblée.

 

LPJ Dakar - Quelle est votre réaction à l’élection d’Emmanuel Macron ? Si vous êtes élu, allez-vous soutenir son travail ou être dans l’opposition ?

L.C. - Ma première réaction a été le soulagement de voir la défaite de l'extrême droite et d'ainsi éviter le pire pour notre pays. Mais il est bien évident que pour moi, comme pour des millions de Français qui ont fait le choix du « Front républicain » face à Marine Le Pen, le vote Macron au second tour de l'élection présidentielle n'était en rien un vote d'adhésion au programme du candidat d'En Marche. Bien au contraire !

Candidat des milieux financiers, Emmanuel Macron est le président de la casse du code de travail et du libéralisme décomplexé. La preuve en est avec cette première décision sur la moralisation du compte de pénibilité, proposition venant directement du MEDEF. Son projet, porteur de graves régressions sociales et démocratiques, est minoritaire dans notre pays et surtout une autre politique est possible et même nécessaire.

Par exemple, je propose de mettre en place une sécurité de l'emploi et de la formation pour éradiquer le chômage et la précarité, en créant de nouveaux pouvoirs dans les entreprises et sur les banques face aux marchés financiers. Au lieu de prôner le recul du droit à la retraite et  la privatisation de la Sécurité sociale facilitée par la suppression annoncée de cotisations sociales, pourquoi ne pas envisager un plan de défense et de développement cette même Sécurité sociale ? En lieu et place de la baisse de 60 milliards d’euros des dépenses publiques et à la suppression de 120 000 fonctionnaires, pourquoi ne pas financer un plan de relance des services publics de proximité dans tous les domaines ?  De façon générale, je serai de tous les combats contre les projets antisociaux de Macron, mais aussi contre les projets ultraréactionnaires de la droite et de l'extrême-droite.

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