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Tsipras aide les défis de l'automne, par Marco Revelli

 
 

Cela ne me surprend pas que les médias mainstream, à commencer par la Repubblicca, il Fatto Quotidiano compris, présentent la décision du gouvernement Tsipras d'aller aux élections comme une défaite ou carrément comme la fin de cette expérience. Ils ne font que s'y attendre depuis janvier et de le dire à chaque occasion. Ce qui me surprend plus, c'est que quelques uns d'entre nous le pensent aussi, pour se lamenter d'une expérience finie ou faire une croix sur l'expérience de juillet. Deux positions qui me semblent orphelines de la politique.

Je crois que ceux qui pensent cela ignorent en réalité le contexte dans lequel s'est jouée la partie (le contexte européen avec un rapport de force féroce), la dimension dynamique de celle-ci (ce n'est pas une secousse définitive, une fin en soi, dans laquelle se gagne ou se perd tout, mais un cadre en mouvement dans lequel les secousses de chacun influent sur les positions des autres), la nature des acteurs du champ (pense-t-on vraiment que Alexis Tsipras est passé d'un coup d'un héros homérique à un renonciateur ou pire un « traître »?).

Je veux donc le dire de la manière la plus claire possible : je crois que la décision d'aller aux élections anticipées de la part du gouvernement de gauche grec est un exemple de « Grande politique ». Plutôt que de se perdre dans des alambics et des campagnes faites pour grignoter le consensus entre les parties de Syriza (comprenant celles qui ont rejeté le Congrès en appelant à la scission), Tsipras a choisi de couper les nœuds et de se tourner vers l'électorat grec comme « souverain », avec une preuve d'esprit démocratique absent de toutes les autres classes démocratiques européennes, et avec cela, de courage. Il n'a pas démissionné parce qu'il « a perdu », mais parce qu'il « veut vaincre ».

La raison non seulement tactique mais aussi stratégique de la démission n'est pas la fin de sa majorité – qu'il aurait pu probablement ramasser par quelque moyen – mais au contraire le besoin d'une majorité plus claire et plus forte : la volonté d'être prêt, dans les meilleures conditions possibles (avec sa propre majorité, cohérente et déterminée) pour les défis de l'automne, qui seront durs et élevés : la question de la dette en Europe – mise dans l'agenda global grâce à sa politique -, la gestion de la crise sociale en Grèce, la nécessité d'élargir le front des oppositions au néolibéralisme et à l'austérité dans l'espace européen, en dehors de chaque tentation souverainiste ou nationaliste, avec une politique intelligente, pragmatique et efficace (à l'opposé du dogmatisme idéologique de ses critiques, de droite et de gauche).

Loin de reculer ou de se « retirer » pour moi il me semble qu'il passe à l'offensive, haussant l'enjeu et donc, par conséquence, cherchant de porter sa propre force politique à la hauteur d'elle même.

A l'automne se joueront de nombreux défis, en Europe mais pas seulement. Et ils pourront produire de nombreux changements : au Royaume-Uni, où Corbyn promet d'enterrer définitivement le désolant héritage blairien, aux Etats-Unis où une candidature socialiste menace de près la grande puissance des Clinton, en Espagne naturellement et au Portugal... Les critiques de Tsipras feraient bien de mieux réfléchir sur les contradictions, bien plus potentiellement explosives, de l'establishment européen, apparemment omnipotent en réalité aux pieds d'argile (à commencer par l'Allemagne, d'autant plus après le « syndrome chinois ») plutôt que sur les faiblesses de la gauche grecque.

Et peut-être aussi comprendre, au lieu de rendre plus amère la damnatio memoriae de l'expérience grecque, à comment rendre plus forte notre initiative, en Italie et en Europe, de manière à ne plus laisser Athène seule (aussi seule que fut laissée Prague en 1968, comme ce fut justement écrit).

 

http://ilmanifesto.info/tsipras-aiuta-le-sfide-dautunno/

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le 02 September 2015

Tsipras aide les défis de l'automne, par Marco Revelli

Marco Revelli, né en 1947 à Cuneo, est un sociologue et historien. Il est un des signataires de l'appel pour la liste unitaire de gauche l'Altra Europa con Tsipras pour les élections européennes de 2014, partie italienne du groupe parlementaire Groupe Gauche Unitaire Européenne/Gauche Verte Nordique, GUE/NGL.