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Interview de Marine Roussillon pour Ruska

Quinze candidats sont en campagne pour devenir le député de la troisième circonscription des Français de l’étranger. Ils ont accepté de répondre à nos questions : Qui sont-ils ? Quels sont leurs motivations ? Quelles sont leurs propositions ? Autant de questions auxquelles a répondu Marine Roussillon, candidate du Parti Communiste Français (PCF).

Pouvez-vous vous présenter et décrire votre parcours (politique, professionnel, associatif, etc.) ?

J’ai 34 ans, et après avoir enseigné à l’université d’Oxford et dans des collèges et lycées de banlieue parisienne, je suis maintenant enseignante-chercheuse en littérature française à l’université d’Arras. Je suis entrée en politique au lendemain du 21 avril 2002, avec la conviction qu’il était nécessaire de reconstruire une gauche de progrès, capable de protéger tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. Ce projet est plus que jamais d’actualité !

Je ne suis pas une professionnelle de la politique, mais j’ai l’expérience nécessaire pour être une députée efficace. Je suis membre de la direction nationale du PCF en charge des questions d’éducation. Depuis plusieurs années, j’anime le “Réseau école”, un espace ouvert de réflexion et de propositions sur les politiques éducatives qui réunit militants syndicaux, politiques ou associatifs, chercheurs, pédagogues, citoyens… J’ai porté ce travail collectif auprès des parlementaires communistes et du Front de Gauche au moment des débats sur la loi de refondation de l’école. Députée, je veux continuer à m’appuyer sur le mouvement social, associatif et citoyen pour porter la voix du peuple à l’Assemblée nationale.

Quels sont vos liens avec cette circonscription ? Avez-vous un ancrage local ou résidez-vous dans l’un des dix pays de la circonscription ?

J’ai vécu au Royaume-Uni entre 2009 et 2011 : j’enseignais la littérature française et faisais de la recherche à l’université d’Oxford, à Worcester College. J’en ai gardé de nombreuses amitiés, et des liens professionnels étroits avec l’enseignement supérieur et la recherche britanniques. Mon suppléant, Alexis Duchêne, vit et travaille comme chercheur à Copenhague, au Danemark.

Quelles sont les raisons et les motivations qui vous ont poussée à déposer votre candidature ? Que représente pour vous le fait d’être députée de la troisième circonscription des Français de l’étranger ?

La première motivation de ma candidature, c’est la nécessité de faire entendre à l’Assemblée nationale les exigences et les aspirations de tous ceux qui n’ont que leur travail pour vivre. Quand la gauche trahit ces aspirations, comme elle l’a fait dans le dernier quinquennat, elle échoue. Pire, elle nourrit le désespoir, l’abstention et le vote d’extrême-droite. Si je veux être députée, c’est pour porter un projet de progrès social pour la France : créations d’emplois, développement de la formation, renforcement des services publics… C’est possible, à condition de faire passer les intérêts des femmes et des hommes de ce pays avant ceux de la finance.

Je suis candidate auprès des Français établis en Europe du Nord parce que je suis convaincue que l’avenir de notre pays se joue au-delà des frontières de la France : dans ce que nous ferons de l’Europe, dans les solidarités internationales que nous serons capables de construire ; et parce que je sais que les pays d’Europe du Nord et les Françaises et les Français qui y vivent ont beaucoup à apporter à la France. La bataille des Islandais contre la dictature de la finance, la lutte contre la corruption au Danemark, la réduction des inégalités dans les pays scandinaves, la tradition écossaise de services publics forts et de protection sociale étendue, la vigilance britannique face aux discriminations… sont autant de points d’appui pour inventer les solutions nouvelles qui permettront à la France de répondre aux défis de l’avenir.

Quel regard portez-vous sur le bilan et l’action de la députée sortante Axelle Lemaire et de son suppléant Christophe Premat ? En quoi auriez-vous agi différemment ?

Du mandat d’Axelle Lemaire et de Christophe Premat, je veux retenir la volonté de travailler en lien avec le mouvement associatif et citoyen, aussi bien dans leur circonscription qu’au gouvernement, avec l’élaboration de la loi informatique et libertés. Je retiens aussi la fin du mandat d’Axelle Lemaire, son choix de quitter le gouvernement. Si nous n’avons pas soutenu le même candidat à l’élection présidentielle, nous partageons l’attachement aux valeurs de la gauche et le souci d’inventer des réponses nouvelles aux défis de l’avenir.

Cependant, cette fin de mandat ne peut pas faire oublier qu’Axelle Lemaire a participé au gouvernement dirigé par Manuel Valls ; que Christophe Premat a cautionné par ses votes les choix anti-démocratiques et anti-sociaux de ce gouvernement. En approuvant le pacte budgétaire européen, ils ont contribué à la casse de nos services publics et la crise de l’Union européenne : députée, je me battrai au contraire pour l’abandon du pacte budgétaire et la relance des services publics, en France et en Europe.

Sur les questions d’éducation, Christophe Premat a accompagné la baisse du budget de l’AEFE, en proposant de compenser l’affaiblissement de l’enseignement français à l’étranger par le développement de filières bilingues. Si je suis bien sûr très favorable au développement des filières bilingues, je veux aussi rendre à l’AEFE sa place centrale dans l’enseignement français à l’étranger en augmentant ses moyens, en réduisant le coût de la scolarité pour les familles françaises établies hors de France et en sécurisant les personnels.

Si vous ne deviez en citer que trois, quelles seraient vos principales propositions pour les Français-es établies en Europe du Nord ?

D’abord, la protection sociale. Je veux faire de la Caisse des Français de l’étranger un organisme de sécurité sociale à part entière, permettant l’accès à la couverture sociale aux mêmes conditions qu’en France. Je défendrai une véritable transférabilité des droits en demandant un accès simplifié à la couverture sociale en France pour les Français expatriés et leur famille qui souhaitent se réinstaller sur le territoire national, une reconstitution de carrières avec la prise en compte des cotisations et points de retraites accumulés durant le parcours professionnel à l’étranger, ainsi que la prise en compte de la carrière réalisée avant l’expatriation.

Ensuite, je veux m’engager pour que la mobilité des Français et des Françaises soit toujours un choix. Trop de ceux que j’ai rencontrés au cours de cette campagne se sont installés en Europe du Nord parce qu’ils y étaient contraints pour trouver un emploi, ou pour offrir à leurs enfants, autistes ou handicapés, une aide adaptée. J’agirai donc pour une politique ambitieuse de création d’emplois et pour plus de sécurité dans les parcours professionnels et de vie. Je proposerai en particulier deux lois-cadre : l’une, pour l’émancipation de la jeunesse, offrira à tous les jeunes entre 18 et 25 ans un statut protecteur, garantissant un revenu minimal et l’accès à la protection sociale ; l’autre, sur le handicap, s’inspirera de ce qui se fait de meilleur en Europe du Nord.

Enfin, je veux agir pour que nous vivions en sécurité dans un monde de paix. Les attentats qui ont frappé encore récemment la France et l’Europe du Nord, les guerres qui se déroulent sous nos yeux en Syrie, au Yémen, ou en Irak sont le fruit d’échecs politiques, les manifestations de compétition de puissances et d’une guerre économique portée à son comble. Quand la guerre est devenue un commerce, la paix doit être un projet politique prioritaire. Je veux m’engager pour que la France renoue avec une politique internationale ambitieuse, au service de la coopération, de la solidarité et de la paix notamment en mettant fin aux ventes d’armes à des pays en guerre ou participant à la montée des tensions, en libérant notre politique extérieure de l’OTAN et en renforçant les institutions multilatérales comme l’ONU et la Francophonie. À l’Assemblée nationale, je prendrai l’initiative d’une conférence nationale pour la paix et le progrès regroupant parlementaires, élus locaux, associations, syndicats et partis politiques, avec pour objectif de définir ensemble les grandes lignes de notre politique internationale et de notre défense nationale.

Si vous êtes élue à l’Assemblée nationale, quelles seront vos priorités pour la circonscription ? Comment comptez-vous mener votre action ?

Mon action de députée sera guidée par un conseil citoyen de circonscription : c’est donc avec les citoyennes et les citoyens de ma circonscription que je définirai les sujets sur lesquels j’interviendrai en priorité. Mon expérience professionnelle et politique m’amènera cependant à travailler particulièrement sur les questions d’éducation, d’enseignement supérieur et de recherche. Là aussi, je m’appuierai sur le mouvement syndical, associatif et citoyen. J’ai rencontré pendant ma campagne de nombreux parents d’élèves engagés, ainsi que le principal syndicat des enseignants des collèges et lycées français à l’étranger (compte-rendu). Nous avons constaté la convergence de nos projets pour renforcer l’AEFE, sécuriser les personnels et favoriser l’accès de tous les Français à l’enseignement français à l’étranger.

Selon vous, quels sont les principaux défis et problématiques de l’Europe du Nord dans les prochaines années ? Si vous êtes élue à l’Assemblée nationale, comment comptez-vous agir et vous investir sur ces dossiers ?

Aujourd’hui, avec le Brexit, l’avenir du projet européen se joue en Europe du Nord. C’est le défi essentiel pour les années à venir.

En tant que représentante des Français du Royaume-Uni, ma première préoccupation sera de protéger les intérêts des travailleurs britanniques et européens, en m’opposant au dumping social et fiscal et en exigeant le respect de la libre circulation. J’agirai pour obtenir toutes les garanties nécessaires pour les Français établis au Royaume-Uni, y compris s’il le faut par des accords bilatéraux. Les députés européens du Parti de la Gauche Européenne (European Left) seront des points d’appui dans ces négociations. Je serai très attentive aux conséquences du Brexit pour l’Irlande. Depuis le mois de septembre, le PCF a d’ailleurs multiplié les échanges avec le Sinn Féin et les initiatives de solidarité.

Le Brexit est un signal d’alarme envoyé à toute l’Europe : si l’Union européenne continue à mettre les peuples en concurrence et poursuit ses politiques d’austérité, si elle continue à mépriser la souveraineté populaire, comme elle l’a fait en 2005 après le refus français du TCE et comme elle le fait aujourd’hui en Grèce, elle court à sa perte. Sauver l’Europe, c’est la refonder pour en faire une union de peuples et de nations libres, souverains et associés, investissant dans le développement commun, la garantie des droits humains élémentaires, et agissant pour changer le cours de la mondialisation. La France, grand pays européen, a un rôle à jouer en ce sens. Dès novembre prochain, je participerai au forum européen de Marseille pour construire une coopération pérenne de toutes les forces de gauche en Europe.

Comment envisagez-vous les relations entre l’Europe du Nord et la France à l’avenir ? Comment ces liens pourraient-ils être renforcés ?

Je veux agir pour que les liens de solidarité, de coopération, de partage continuent à se renforcer. Je m’engagerai tout particulièrement pour développer le réseau de coopération linguistique et culturelle français en Europe du Nord, mis à mal par les politiques d’austérité. Ce réseau facilite les rencontres entre les publics et les artistes à travers le monde et reste le vecteur central d’une politique de coopération internationale enviée par de nombreux pays, dans le domaine de la francophonie, du livre, des échanges artistiques, du débat d’idées et du cinéma. Mais il est nécessaire d’en redéfinir les objectifs, en concertation avec l’ensemble des acteurs : plutôt qu’une politique de « vitrine » au service de la « marque France », je veux agir pour le partage des cultures et la coopération. Cela implique à ce réseau les moyens d’une politique culturelle ambitieuse par l’augmentation des dotations et la création de postes.

Si vous êtes élue à l’Assemblée nationale, quelle sera votre attitude par rapport au nouveau Président de la République ? Vous inscririez-vous dans la majorité gouvernementale ou bien seriez-vous dans l’opposition ?

La politique que nous promet Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité des politiques néolibérales de ces dernières décennies : austérité, casse des services publics, précarisation de toute la société… Ces solutions sont inefficaces et enfoncent le pays dans la crise. C’est pourquoi je m’y opposerai. Nous ne pouvons pas laisser l’opposition à ces politiques au Front National ! Je veux incarner une opposition de gauche, porteuse d’un projet de progrès social pour la France, l’Europe et le monde.

Dès cet été, je voterai contre la loi d’habilitation qui permettrait au président de mépriser la représentation populaire et de gouverner par ordonnance. Je m’opposerai à la « Loi Travail II » annoncée par M. Macron. Comme 70% de Français, je reste opposée à la loi El Khomri. Renvoyer la définition des droits des salariés à des accords d’entreprise, plafonner les sanctions des employeurs en cas de licenciement abusif ? Pour moi c’est toujours non merci. C’est pourquoi j’ai signé la pétition « Loi travail, c’est toujours non merci » (https://loitravail.lol). Les Français d’Europe du Nord et d’ailleurs pourront compter sur moi pour défendre les droits des salariés, les services publics, les besoins de la société et les exigences de protection de la planète.

Pour conclure, pour quelle(s) raison(s) aimez-vous l’Europe du Nord ? Un élément en particulier (culture, histoire, nature, patrimoine, société, etc.) vous fait-il apprécier d’autant plus cette circonscription ?

Pendant les années que j’ai passé au Royaume-Uni, j’ai découvert une culture à laquelle je suis aujourd’hui très attachée. La liste de tout ce qui vient de là-bas et qui joue aujourd’hui un rôle essentiel dans ma vie et dans mon imaginaire serait très longue : la littérature britannique, de Jane Austen à Jasper Fforde, le Yorkshire Tea avec du lait, les Monty Pythons… Mais je retiens surtout une chose des pays d’Europe du Nord que j’ai parcourus : l’attention extrême portée aux questions d’égalité, cette vigilance face au sexisme et aux discriminations qui en fait des sujets politiques à part entière. En France, les comportements sexistes ou racistes sont encore trop souvent tolérés, au quotidien comme dans la vie politique. Je sais que je pourrai compter sur les Français installés en Europe du Nord pour m’aider à mener la bataille pour l’égalité.

Source : Ruska.fr