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Interview pour Le Petit Journal d'Athènes

Anne Sabourin est candidate PCF-Front de Gauche aux législatives des Français de l’étranger. Spécialiste des questions européennes, elle regrette l’image figée du Parti communiste en France et souhaite l’union de toutes les forces de gauche.

Pouvez-vous nous résumer votre parcours, et nous préciser quelles ont été vos motivations pour entrer en politique ?

J’ai un master en sciences politiques. Je me suis particulièrement intéressée à l’Union européenne, à travers un mémoire sur la conception citoyenne, la force de l’opinon des citoyens français autour de la question de l’UE. C’est de cette manière que je suis entrée en politique. À l’université, j’ai milité au sein d’un mouvement, dans les comités d’Union Sorbonne, contre le traité constitutionnel européen. Ensuite, j’ai adhéré au Parti communiste français. La question européenne reste mon combat principal. Je suis chargée de l’Union européenne au sein du PCF. Je connais tout particulièrement l’Europe du Sud. Je suis pour une Europe solidaire et démocratique. Je souhaite une construction régionale, pour influer sur la mondialisation, pousser vers un monde de biens communs, qui respecte la planète et l’être humain.

Aujourd’hui, l’image du PCF ne lui correspond pas. Depuis trente ans, les discours dominants nous présentent comme un parti en voie de disparition, stalinien, antidémocratique. On est très lents à prendre des décisions, par souci du débat démocratique ! Nous souhaitons une prise de conscience collective. La racine du mot communisme : c’est "commun". On ne peut pas continuer avec cette vision inégalitaire, où 1% de la population mondiale détient plus que les 99% restants. Nous continuons à dire que la France doit avoir une politique industrielle, mais avec une transition écologique. L’écologie est un sujet primordial pour les militants de ma génération, pour ceux qui sont entrés dans la politique depuis vingt ans. Nous sommes modernes ! Mais nous refusons de sacrifier la planète aux marchés de la finance. Il faut de nouvelles institutions, pour protéger l’humanité face à la mondialisation, et à un monde interconnecté. Nous voulons extirper les règles du marché qui empêchent de répondre aux besoins mondiaux, aux enjeux climatiques et à la protection de chacun.

Être députée de la 8è circonscription, qu’est-ce que cela représente pour vous ? Quels sont vos liens avec cette circonscription ?

C’est une responsabilité importante car cette circonscription nécessite une vraie prise en compte des problèmes des Français qui y vivent, victimes de la crise subie par les pays du sud de l’Europe, en particulier la Grèce. C’est aussi une zone de tension géopolitique, européenne et internationale. C’est une idée de la politique que doit mener la France vis-à-vis de ces pays ou du conflit israélo-palestinien, dont la résolution est une condition à la paix dans le monde. Il faut apporter des réponses à la politique de Recep Erdogan en Turquie : protéger les démocrates, les forces sociales, et les journalistes. Tout ceux qui sont en désaccord avec le régime et risquent l’emprisonnement. Il faut protéger nos ressortissants dans les pays à risque ! Recep Erdogan vise une politique expansionniste, d’influence sur l’Union européenne. . Il présente des candidats de son parti, dans des pays européens, notamment en France. Le PCF a réclamé une enquête sur cette pratique.

On a besoin d’une politique internationale qui gère les crises autrement. Depuis le quinquennat de Nicolas Sarkozy, la diplomatie française cherche avant tout à vendre nos entreprises à l’étranger. On sabre les budgets de la culture.

Quand on m’a proposé de me présenter dans la 8è circonscription, c’était évident. J’ai passé les six dernières années à représenter mon parti politique, pour unir les forces de gauche des pays européens. Les pays du sud de l’Europe ont toute leur importance, ainsi que la gestion que l’UE en a. Je suis venue à Athènes, professionnellement, très souvent. J’étais à tous les rassemblements. C’est un peu ma deuxième maison ! Ces dernières années, j’ai assisté aux pires moments de la crise grecque. J’ai vu le pays se dégrader. Il y a eu des moments d’euphorie, avec la progression de Syriza et la mobilisation sociale, et des moments difficiles. C’est une situation en dents de scie.

« Beaucoup de familles ont du quitter notre système éducatif »

Quelles sont vos trois priorités, parmi les problématiques concernant les Français vivant à l’étranger ?

Le PCF a un programme spécifique aux Français de l’étranger : "Un monde en commun", qui s’ajoute à celui que nous avons pour la métropole.

Une des priorités, c’est l’accès à la protection sociale pour tous les Français de l’étranger. Il faut stopper la tendance à la privatisation de la sécurité sociale, notamment la caisse des Français de l’étranger ! Il faut intégrer ces derniers au régime commun, pour que tout le monde ait les mêmes droits. Il faut aussi adapter les droits des Français de l’étranger à travers la transférabilité, car ils ont souvent des parcours atypiques, vont de pays en pays. Le retour en France doit être beaucoup plus facile également.

Deuxièmement, la priorité à l’éducation doit être donnée en redéveloppant les services publics à l’étranger, comme l’école. Il devient très difficile pour les familles des pays en crise de scolariser leurs enfants dans les écoles françaises. Beaucoup de familles ont du quitter notre système éducatif, devenu trop cher. On doit élargir les bourses scolaires et geler les frais de scolarité actuels. Beaucoup de professeurs, engagés avec des contrats locaux, sont mal rémunérés, dans des situations précaires. Si on veut une éducation de qualité, il faut sécuriser nos enseignants. Des professeurs, installés depuis longtemps dans le pays d’accueil, se voient réclamer le retour en France. Ceux qui ont fait leur vie à l’étranger doivent pouvoir renouveler leur contrat automatiquement, sauf s’ils souhaitent rentrer en France.

Troisièmement, les services consulaires et la politique culturelle de la France. On a supprimé le vote électronique et je comprends les risques liés, mais lorsqu’on supprime un processus de démocratisation, il faut trouver un moyen de simplifier l’accès autrement. Il faut que les Français de l’étranger puissent voter dans le pays où ils vivent ! En Grèce particulièrement, il faudrait augmenter les aides sociales directes, pour les familles dans le besoin. Je veux un réinvestissement dans la politique de coopération culturelle. Où que j’aille, je vois des personnels qui tiennent à bout de bras les services : médiathèques, instituts. Nous devons accorder des aides publiques aux librairies françaises à l’étranger. Nous voyons les instituts français comme les vitrines de l’excellence française. Pourtant, nous abandonnons les moyens pour mener une politique culturelle de collaboration avec le pays d’accueil. Nous avons besoins de financements, pour obtenir les effectifs nécessaires, faire venir des acteurs de la culture.

Pour englober ces débats, je propose une loi cadre, qui permettrait de trouver des solutions concrètes à la globalité des problèmes des Français de l’étranger. Il faut que des accords bilatéraux soient signés entre la France et les pays concernés, pour une adéquation des règlements, notamment en matière fiscale.

Quel bilan portez-vous sur l’action du député sortant Meyer Habib ? Sur quels plans auriez-vous agi différemment ?

La politique de Meyer Habib consiste à porter la voix du gouvernement du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou à l’Assemblée nationale. Le député de la 8ème circonscription doit construire avec l’ensemble des Français, de tous les pays de la circonscription. Les élus communistes sont sur le terrain, proche des gens. Il faut construire son mandat, travailler ses propositions de loi avec tous les Français de l’étranger. Entretenir des relations diplomatiques avec les autorités de tous les pays.

Au lieu de promouvoir la paix, et une solution politique au conflit israélo-palestinien, Meyer Habib a pris parti. Il a même refusé d’adhérer aux résolutions de l’ONU pour une solution à deux états. Il nie l’existence de colonies israéliennes en Palestine. Il a fait un scandale, lorsqu’on a voulu intégrer la dénomination des territoires palestiniens pour la 8è circonscription. Il renie l’existence de ces territoires, et des Français qui y vivent. En France, le parlement a voté la reconnaissance de l’état palestinien. Mais le Président de la République ne l’a pas appliquée.

Quelle est votre réaction à l’élection d’Emmanuel Macron ? Si vous êtes élue, êtes vous prête à soutenir son travail ou vous y opposerez-vous ?

Dans la circonscription, j’ai écrit pour appeler à voter Jean-Luc Mélenchon. Puis j’ai appelé clairement à mettre le bulletin de vote Emmanuel Macron dans l’urne, contre le Front national, au second tour. Ce qui est normal, même si beaucoup n’ont pas eu le courage de se positionner. Je ne partage pas le projet de société d’Emmanuel Macron. Plus de 70% des Français étaient contre le projet de loi travail. Il y a eu une mobilisation énorme. Malgré cela, le passage en force avec le 49-3. Emmanuel Macron veut remettre le couvert cet été, par ordonnance, et sans débat parlementaire. Si je suis élue députée, je m’opposerais à cette loi, ainsi qu’à la gouvernance par ordonnance. Emmanuel Macron est dans une logique de libéralisation du marché du travail et de plusieurs secteurs de l’économie, de privatisation de la sécurité sociale. C’est une opposition de fond avec le PCF.

Mais les parlementaires communistes n’ont jamais refusé, pour des raisons politiciennes, de voter les mesures qui allaient dans le sens du bien-être des Français. Si des mesures en faveur des classes populaires et de l’éducation dans les zones prioritaires sont prises : nous n’avons aucune raison de nous y opposer. Même si j’en doute, sincèrement. La logique de libéralisation pourrait entraîner des lois que nous serions obligés de combattre : pour défendre les salariés, les familles et les jeunes.

Le PCF est un parti politique qui propose toujours, même s’il oppose quand il le juge nécessaire. Nous avons un projet de transformation sociale de la France.

Source : Le Petit Journal d'Athènes